EUDR et alimentation animale : ce que la réglementation déforestation change pour votre traçabilité
Avec l'entrée en application du règlement européen contre la déforestation et la dégradation des forêts (EUDR - Règlement UE 2023/1115), le secteur de la nutrition animale fait face à un défi logistique et documentaire inédit : prouver que les matières premières ne contribuent pas à la déforestation mondiale.
« On est déjà tracé, on a la 178/2002 » — le malentendu le plus fréquent
C'est la réponse qu'on entend le plus souvent en usine dès qu'on parle EUDR. Et c'est le point qui fait dérailler le plus de plans d'action.
La traçabilité classique du règlement (CE) 178/2002, c'est « un pas en amont, un pas en aval » : savoir à qui vous achetez, à qui vous vendez. L'EUDR exige tout autre chose : la géolocalisation de la parcelle d'origine de la matière première. Ce n'est pas un renforcement de la traçabilité existante, c'est un niveau d'exigence d'une nature différente — et répondre « on est tracé » à une demande EUDR revient à passer à côté de la question.
L'EUDR en une phrase
L'EUDR interdit la mise sur le marché européen, ou l'exportation depuis celui-ci, de certains produits de base s'ils sont issus de terres déboisées après le 31 décembre 2020 ou produits illégalement.
Les produits "Feed" concernés
En alimentation animale, trois matières premières sont dans le périmètre :
- Le soja : tourteaux, coques, huiles de soja.
- Le palmier à huile : huiles d'oléine, fractions de palme souvent utilisées comme source d'énergie dans les rations.
- Les bovins : matières d'origine bovine.
L'aliment composé lui-même n'est pas une commodité couverte par le règlement. Il reste néanmoins soumis à des exigences de traçabilité dès lors qu'il contient du soja et/ou de la palme et qu'il est destiné aux bovins.
Les implications concrètes pour votre entreprise
- La géolocalisation de la parcelle : Une traçabilité jusqu'à la coopérative ne suffit plus. Il faut remonter aux coordonnées géographiques exactes de la parcelle de culture.
- La déclaration de diligence raisonnée (DDS) : Tout lot entrant sur le marché doit être couvert par une DDS déposée dans le système d'information de l'UE. Depuis la simplification apportée par le règlement 2025/2650, cette déclaration n'est déposée qu'une seule fois, par le premier opérateur qui met le produit sur le marché — les opérateurs et négociants en aval ne redéposent pas.
- L'impact sur les référentiels qualités (EFISC, GMP+) : Les standards comme EFISC intègrent de plus en plus ces exigences dans leurs modules de durabilité et de traçabilité, rendant l'audit de certification encore plus transversal.
Le calendrier EUDR — les dates qui s'appliquent réellement
Le règlement (UE) 2023/1115 a connu deux reports successifs. Le second, porté par le règlement (UE) 2025/2650 publié au Journal officiel de l'UE le 23 décembre 2025, fixe le calendrier aujourd'hui en vigueur :
- Grandes et moyennes entreprises (opérateurs et négociants) : application au 30 décembre 2026.
- Micro et petites entreprises (créées avant le 31 décembre 2024) et personnes physiques : application au 30 juin 2027.
Seule la date d'application a bougé : les obligations de fond, elles, sont inchangées depuis le texte initial.
Ce que l'EUDR pèse pour la filière feed
Le contexte rend le sujet structurant : l'Union européenne importe 96 % de son tourteau de soja (données 2024), essentiellement du Brésil, d'Argentine et des États-Unis. La FEFAC (fédération européenne des fabricants d'aliments composés) estime le surcoût d'approvisionnement en soja conforme EUDR entre +5 et +10 %, pour un impact potentiel total évalué à environ 2,25 milliards d'euros pour la filière.
Ce que les responsables qualité Feed doivent faire maintenant
Quatre chantiers à ouvrir avant l'échéance — pas au dernier trimestre 2026 :
- Cartographier les flux soja, palme et bovins jusqu'à la parcelle de production.
- Sécuriser les géolocalisations fournisseurs : c'est le vrai point de friction. Cela se négocie contractuellement, pas techniquement, et prend des mois — c'est le chantier à lancer en priorité.
- Construire le système de diligence raisonnée et le raccrocher au système qualité existant (HACCP, traçabilité 178/2002).
- Identifier qui, dans la chaîne, dépose la DDS — depuis 2025/2650, c'est le premier metteur sur le marché.
L'approche EPICE&A
La traçabilité EUDR n'est pas qu'un sujet informatique. C'est une refonte de la stratégie d'achats et de l'analyse des risques fournisseurs. Nous accompagnons les triturateurs et fabricants à intégrer ces obligations dans leur plan de contrôle sans alourdir indéfiniment la charge qualité.